Beaucoup de start-ups, trop peu de scale-ups

Écrit par Daphné SIOR

26.11.2025

La Belgique regorge d’entrepreneurs, mais trop peu d’entreprises parviennent à grandir. C’est le constat posé par la Banque nationale de Belgique dans sa dernière Economic Review (2025). Derrière le dynamisme apparent des créations, la machine de la croissance tourne au ralenti : la plupart des jeunes entreprises belges, y compris en Wallonie, restent de petite taille et génèrent peu d’emplois durables.

La Belgique reste une terre d’entrepreneurs, mais la croissance ne suit pas. Les données de la Banque nationale de Belgique (BNB) le montrent clairement : le taux de création d’entreprises y atteint près de 9% en 2022,  un chiffre sain, légèrement inférieur mais comparable à la moyenne européenne.

En revanche, le taux de croissance moyen de l’emploi dans les jeunes entreprises est de seulement 46% en Belgique, un chiffre de loin inférieur à ceux de nos voisins (150% en France, 120% aux Pays-Bas, 70% en Allemagne). On constate également que la part d’emploi dans les firmes à haute croissance est nettement inférieure en Belgique par rapport à la moyenne européenne.

Autrement dit, la Belgique ne manque pas d’initiatives entrepreneuriales, mais d’entreprises capables de changer d’échelle – celles qui passent du lancement à la croissance, de l’idée à l’impact.

Une dynamique entrepreneuriale en perte de vitesse

Depuis le début des années 2000, la BNB constate une baisse marquée de la « dynamique entrepreneuriale », c’est-à-dire la capacité des entreprises à croître, se renouveler et redistribuer les emplois. Le pays crée encore beaucoup d’entreprises, mais les jeunes pousses restent petites et moins robustes.

Un léger rebond se dessine depuis 2020, porté principalement par les entreprises plus anciennes du secteur des services – services digitaux, e-commerce, soins hospitaliers – dû à une accélération de la digitalisation et une modification des habitudes de consommation engendrée par la crise Covid . Mais ce mouvement reste limité aux acteurs établis, pas aux nouveaux venus.

Les freins à la croissance

La Banque nationale identifie plusieurs obstacles structurels qui freinent la montée en puissance des jeunes entreprises :

  • Un coût du travail élevé et un marché de l’emploi peu flexible, qui freinent les embauches ;
  • Des charges réglementaires trop élevées, pouvant décourager les entrepreneurs à faire grandir leur entreprise face à un bourbier de formalités administratives ;
  • Des aides publiques concentrées sur la création, comme la mesure « réduction  premiers engagements », encourageant les entreprises à ne pas dépasser certains seuils de grandeur pour continuer à bénéficier des avantages réservés aux petites entreprises  ;
  • Des difficultés d’accès au financement de croissance, le système bancaire restant dominant et le capital-risque peu développé ;
  • Un marché intérieur belge restreint et un marché européen fragmenté, qui complique la montée en échelle et l’accès à l’exportation.

Changer de cap : de la création à la croissance

Pour la BNB, la priorité n’est plus de multiplier les créations d’entreprises, mais de favoriser la croissance de celles qui existent. Cela suppose :

  • diminuer l’aversion aux risques des entrepreneurs en s’inspirant du modèle danois, assouplissant les règles de licenciement tout en gardant un filet de sécurité solide pour les travailleurs, contribuant à dynamiser le marché de l’emploi ;
  • booster les compétences managériales dans les entreprises, celles-ci permettant de développer une croissance plus rapide et plus robuste ;
  • évaluer le succès des politiques mises en place aussi autour du nombre d’emplois créés par les jeunes entreprises et pas uniquement autour du nombre de créations d’entreprises ;
  • réorienter les aides publiques pour qu’elles récompensent les ambitions décroissance au lieu de bénéficier à toutes les start-up de manière équivalente…

La Belgique dispose d’atouts solides : une position centrale sur le marché européen, une main-d’œuvre qualifiée, de bonnes infrastructures et de nombreux entrepreneurs innovants. Mais pour transformer cette énergie entrepreneuriale en moteur économique, il faut désormais miser sur la montée en puissance des jeunes entreprises.

Pour AKT, cette étude met en lumière des indicateurs pertinents qui montrent où agir et propose des pistes de travail adéquates pour libérer l’énergie entrepreneuriale. D’autres chantiers primordiaux doivent aussi faire l’objet de réformes, tels que :

  • Un allègement administratif global pour permettre plus d’opportunités et moins d’obstacles;
  • Une diminution du coût du travail;
  • Un accompagnement des entreprises en parcours clairs et cohérents, articulant les dynamiques publiques et privées;
  • Une disponibilité accrue des sources de financement et principalement de capital privé;

Sans oublier les piliers fondamentaux que sont la promotion des valeurs et des savoirs-êtres propices à l’entrepreneuriat, véritables leviers de croissance des entreprises, à développer dès le plus jeune âge au travers des parcours d’enseignement et de formation.