La réforme des pensions sécurise le budget, pas les pensions

Écrit par CBC (Publi-rédactionnel)

20.03.2026

Bien qu’encore sur le chemin de son parcours législatif, l’adoption de la réforme des pensions du gouvernement semble désormais acquise. Présentée comme indispensable à la soutenabilité budgétaire, elle poursuit clairement un objectif : freiner la hausse du coût des pensions à long terme.

Une carte blanche de Patrick WANGNEUR, Conseiller en Structurations Patrimoniales et Prévoyance chez CBC Banque

Selon le Comité d’étude sur le vieillissement, cette réforme limite l’augmentation de la dépense publique à 0,9 point de PIB d’ici 2070, contre 2,5 points auparavant. Sur le plan budgétaire, le cap est tenu.

Mais cette réforme pose une question essentielle : qui en supportera le coût réel ?

La réponse est connue : les futurs pensionnés. Le benefit ratio – le rapport entre la pension moyenne et le revenu moyen des actifs – recule sensiblement : près de 12% pour les fonctionnaires, plus de 9% pour les salariés et 3% pour les indépendants. Autrement dit, la pension légale perdra progressivement de sa capacité à maintenir le niveau de vie. Cette évolution rend la pension complémentaire incontournable, sans que cette réalité ne soit pleinement assumée dans le débat public.

Une uniformisation nécessaire… mais socialement exigeante

La réforme poursuit l’uniformisation des régimes. Après l’alignement salariés-indépendants, le calcul des pensions des fonctionnaires évolue à son tour. La période de référence passera progressivement des dix dernières années à l’ensemble de la carrière, sur 45 ans. Le principe d’égalité est défendable. L’impact financier, lui, est incontestable : les pensions des fonctionnaires diminueront mécaniquement, puisque les rémunérations sont généralement plus élevées en fin de carrière. Cette évolution rend indispensable le développement du deuxième pilier pour les fonctionnaires. Or, cet effort complémentaire n’est pas intégré dans les projections budgétaires officielles. La réforme transfère donc une part croissante de la responsabilité vers l’individu, sans en organiser pleinement les conditions.

La suppression de la pension pour inaptitude physique et le relèvement de l’âge de la retraite dans certains régimes préférentiels confirment cette logique : travailler plus longtemps devient la norme, y compris pour des carrières physiquement exigeantes.

Pension anticipée : un signal ambigu

La possibilité de partir plus tôt à la pension anticipée, dès 60 ans avec 42 années de carrière, est souvent présentée comme une mesure sociale. Dans les faits, elle reste très encadrée. Le durcissement des critères – notamment l’exigence de 234 jours de travail effectif par an – risque d’exclure de nombreux travailleurs ayant connu des interruptions pour raisons de santé.

Si l’objectif était réellement de reconnaître la pénibilité, un système basé sur la durée de carrière ou la nature du travail aurait été plus cohérent. En l’état, le dispositif complexifie encore un système déjà jugé incompréhensible par une majorité de Belges.

Malus, bonus : travailler plus longtemps… ou perdre

Le malus pension entrera en vigueur en 2027, avec des réductions pouvant atteindre 5% par année d’anticipation. Il ne s’appliquera pas à tous, mais pénalisera surtout les carrières incomplètes et les personnes en incapacité de longue durée.

Le bonus pension, lui, est déjà effectif. Mais dans une version beaucoup plus restrictive : il ne s’acquiert qu’au-delà de l’âge légal de la pension et prend la forme d’un pourcentage limité. Cette incitation bénéficiera surtout à celles et ceux capables de prolonger leur carrière – rarement les profils les plus fragiles.

Le message est clair : la pension complète se mérite désormais par une carrière longue, continue et sans « accident ».

Des pensions moins indexées, un pouvoir d’achat sous pression

La réforme agit aussi sur les pensions en cours. Le report de l’indexation, le plafonnement au-delà de certains montants et la suppression de la péréquation pour les fonctionnaires réduisent progressivement le pouvoir d’achat des pensionnés, en particulier des pensions moyennes et élevées.

Ces mesures passent souvent inaperçues, mais leurs effets cumulés seront bien réels dans les années à venir.

Une réforme budgétairement solide, socialement incomplète

Cette réforme sécurise les finances publiques mais elle affaiblit la promesse implicite de la pension légale. Elle ne simplifie pas le système, ne renforce pas sa lisibilité et laisse les citoyens face à une responsabilité croissante visant à davantage anticiper, comprendre et compléter eux-mêmes leur pension.