Ticket de route : une avancée attendue, mais à encadrer 

Écrit par Elisa Moreau

5.02.2026

Pour de nombreuses entreprises wallonnes, le prélèvement kilométrique n’est pas un sujet théorique. Il pèse sur les coûts, l’organisation des activités et la compétitivité. À la suite de l’adoption en première lecture d’un projet de modification de l’accord de coopération interrégional relatif à ce dispositif pour les poids lourds, AKT a remis un avis d’initiative. L’introduction d’un “ticket de route”, en alternative à l’OBU, constitue une évolution attendue, à condition d’une mise en œuvre rigoureuse et équitable.

Le texte modifie l’accord de coopération de 2014 encadrant le prélèvement kilométrique et le fonctionnement de l’entité interrégionale Viapass.

Un mécanisme complémentaire à l’OBU

Sans remettre en cause le principe du prélèvement kilométrique existant, et fondé sur l’utilisation d’un équipement embarqué (OBU), le projet adopté en première lecture introduit un mécanisme complémentaire. Dans des situations strictement encadrées, il permettra de s’acquitter de la redevance liée au prélèvement kilométrique via l’achat en ligne d’un ticket de route.
Concrètement, ce ticket permettra notamment d’effectuer un trajet déterminé sur le réseau à péage pendant une durée maximale de 24 heures.

Son usage sera limité à deux situations précises :

  1. Lorsqu’un véhicule immatriculé en Belgique est confronté à une panne d’OBU, le ticket de route permettra une régularisation rapide et évitera l’imposition d’une amende.
  2. Pour les véhicules immatriculés à l’étranger circulant en Belgique moins de cinq jours par an, il constituera une alternative ponctuelle à l’acquisition d’un OBU auprès d’un organisme agréé.

L’objectif poursuivi est double : offrir davantage de flexibilité aux usagers occasionnels et permettre une régularisation rapide en cas d’incident technique, tout en réduisant les risques de fraude et d’amendes.

Une avancée attendue pour le secteur

AKT salue l’introduction du ticket de route, une mesure demandée de longue date par le secteur. Elle  constitue une avancée en apportant plus de flexibilité pour les chauffeurs et les entreprises, en particulier dans des situations exceptionnelles ou imprévues.
AKT soutient donc le principe d’un mécanisme complémentaire ciblé, à condition qu’il ne fragilise pas l’efficacité du prélèvement kilométrique existant ni l’équité entre les différents acteurs économiques.
Pour AKT, le ticket de route ne peut donc en aucun cas devenir une alternative structurelle à l’OBU.

Des conditions de mise en œuvre essentielles

La réussite du dispositif dépendra largement de ses modalités pratiques. AKT insiste sur la nécessité de concevoir un système simple, accessible à tous et fiable. Cela suppose notamment une interface d’achat intuitive, une diversité suffisante de moyens de paiement et la mise en place d’un service d’assistance, en particulier lors du lancement du dispositif.

Pour les entreprises disposant de flottes importantes, AKT recommande également de permettre, en cas de défaillance temporaire d’un OBU, l’imputation automatique du coût du ticket de route sur la facturation existante. Cette approche permettrait d’éviter des difficultés opérationnelles et des frais bancaires supplémentaires inutiles.

Vigilance sur le contrôle et la concurrence loyale

Si AKT se montre favorable au principe du ticket de route, elle appelle toutefois à la vigilance sur les enjeux de contrôle, de traçabilité et de concurrence loyale. Un affaiblissement des obligations actuelles créerait des déséquilibres entre opérateurs, notamment dans certains secteurs sensibles comme le terrassement. Il sera dès lors essentiel de maintenir des mécanismes de contrôle robustes et de veiller à ce que l’introduction du ticket de route n’entraîne aucune diminution des mécanismes de traçabilité aujourd’hui garantis par l’OBU.

Position sur la vignette automobile

Enfin, AKT profite de l’opportunité pour rappeler qu’elle ne soutient pas l’introduction d’une vignette automobile généralisée. AKT réaffirme en revanche son attachement au principe d’un prélèvement kilométrique intelligent, fondé sur l’usage réel de la voirie et adapté aux réalités économiques des entreprises wallonnes.